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Lettre Ummite#1219

Lettre Ummo 1219

29/04/18 Votre intérêt pour notre civilisation d'OUMMO nous honore et c'est avec plaisir que je répondrai à vos interrogations concernant l'espèce animale IEGOOSSAA. Ces animaux cavernicoles sont des anthropoïdes omnivores, essentiellement friands de fruits, d'insectes et de poissons, que vous pouvez comparer à de grands chimpanzés munis d'une épaisse pilosité blanche ou faiblement dorée. Cependant, contrairement à ces primates terrestres, les IEGOOSSAA sont totalement bipèdes et présentent une forte différenciation de conformation entre les mains et les pieds. Ces derniers n'ont aucune fonction préhensile bien que les orteils soient plus développés que ceux, vestigiaux, des OEMMII. Les IEGOOSSAA diffèrent des autres espèces anthropoïdes d'OUMMO par leur plus grande taille et une intelligence plus aiguë. Il existe chez eux un langage de communication complexe combinant les mimiques corporelles ou faciales et les cris modulés. Ils sont organisés en groupes fortement hiérarchisés desquels ils ne s'éloignent qu'aux périodes de reproduction. Après l'accouplement, tous réintègrent la cellule originale au sein de laquelle les femelles donneront le jour à leurs nouveau nés qui viendront agrandir le groupe. Les luttes territoriales sont fréquentes entre les différents groupes et dégénèrent invariablement en combats meurtriers auxquels seuls les grands mâles adultes participent, fortement encouragés par les cris et l'agitation des femelles et des jeunes. La mort de l'un des mâles dominants marque invariablement l'issue du combat et le groupe vaincu est sauvagement chassé. Les individus ayant trouvé la mort lors du combat sont pris en charge par les femelles du groupe victorieux et soumis à une cérémonie funéraire rituelle au cours de laquelle ils sont recouverts de feuilles et de branchages, sans distinction du clan d'origine. Les IEGOOSSAA vivent dans la partie supérieure de notre colonie WOAROO qui est constituée en réserve naturelle. Nous n'entretenons de relations qu'avec les groupes frontaliers. Nous échangeons volontairement avec eux des denrées comestibles contre de petits galets polis de diverses couleurs qui servent principalement à notre art paysager. Nous les utilisons par exemple pour composer des fresques, dessiner des chemins ou orner le lit des pièces d'eau et ruisseaux que nous créons afin d'agrémenter nos jardins familiaux et nos parcs collectifs. Ce troc évite les velléités d'expansion territoriale des familles frontalières vers les zones attribuées aux OEMMII et permet d'entretenir une relation paisible entre nos deux peuplades. Nous distinguons parmi les IEGOOSSAA les AAGA IEGOOSSAA qui sont issus d'un groupe sélectionné au début de notre troisième âge et chez lesquels nous essayons d'impulser une évolution dirigée en appariant les individus qui nous semblent les plus prometteurs, espérant un jour activer chez eux la fonction OEMBOUAW - liaison à l'âme que nous avons déjà définie dans nos lettres par le passé - et les faire ainsi accéder au stade d'OEMMII conscients. Le terme AAGA désigne, dans son acceptation générale, une restriction de la liberté de mouvement par un contrôle constant. Nous pourrions en rendre la traduction par : sous vigilance constante. Dans le cas des AAGA IEGOOSSAA l'acceptation la plus proche du terme AAGA dans votre langue serait : domestiqué. Les IEGOOSSAA et les OEMMII d'OUMMO sont issus d'un même phylum et nous partageons bien entendu avec eux bien plus de gènes communs qu'il peut en exister entre vous et nous. Toutes les expériences autrefois tentées en laboratoire pour obtenir un croisement entre AAGA IEGOOSSAA et OEMII ont seulement abouti à créer des hybrides monstrueux, décérébrés ou non viables. De fortes différences au niveau de la composition de la chromatine cellulaire rendent absolument inenvisageables des croisements d'espèces animales ou végétales entre OYAOUMMO et OYAGAA sans utilisation de moyens biotechnologiques avancés. Les AAGA IEGOOSSAA sont aujourd'hui entièrement domestiqués. Ils vivent pacifiquement en famille dans des IGOYAABII (grottes ou cavernes) spécialement aménagés à leur attention à l'intérieur de l'enceinte boisée des centres universitaires où l'on étudie leur comportement. Ils jouissent d'une liberté relative et sont parfois employés à des tâches sociales pour lesquelles ils sont mieux adaptés que l'OEMII, comme la récolte des fruits ou le transport de charges lourdes sur des terrains difficilement accessibles. Ils sont en réalité totalement intégrés dans notre réseau social et un fort sentiment d'affection réciproque nous lie à eux. Ils comprennent les mots principaux de notre langage oral et s'expriment graphiquement entre eux et avec les OEMMII en désignant du doigt une séquence ordonnée de symboles disposés dans un jeu de 38 idéogrammes colorés de base inscrits sur un tablier ventral qui constitue en quelque sorte un clavier vestimentaire. 1217 / 1373